Le cœur du champion

28 août 2020

On en connaît tous au moins un, mais qu’est-ce qu’un champion ?
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Le cœur du champion

28 août 2020

On en connaît tous au moins un, mais qu’est-ce qu’un champion ?
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Pourquoi admire t-on les champions ? La question peut paraître stupide tant la réponse semble simple : « Ben parce qu’ils réussissent des exploits extraordinaires, ils font ce dont toi ou moi sommes incapables, on aimerait être comme eux quoi ! ».

Champion du combat de pouce

Pourtant, après un examen un peu plus approfondi, il est certains exploits plus extraordinaires que d’autres. 

Prenons par exemple le britannique Chris Anderson. Cet athlète a remporté pendant les 15 dernières années le championnat du monde de « cheese rolling» qui se déroule à Gloucester, à la frontière du pays de Galles. Cette discipline ancestrale consiste à courir après un fromage sur une pente raide. L’événement est médiatique, l’épreuve est dangereuse et demande de l’agilité, du courage et de l’endurcissement. Et pourtant est-ce que le palmarès de Chris Anderson peut vraiment être classé parmi les exploits extraordinaires ? A-t-on vraiment envie d’être comme lui, à courir après un fromage? 

Que penser de Tracy « Toe » Tippy, championne du monde de lutte d’orteils ou encore les lituaniens Vytautas et Neringa Kirkliauskas, tenants du titres mondial du porter de femme ? Ces sont des sportifs, ce sont des champions dans leur discipline, jusque-là rien à redire. Mais suscitent-ils le même type d’admiration qu’un Mohammed Ali, un Zinedine Zidane ou un Stéphane Peterhansel ?

Le stade est dans le pré

Il ne peut en rester qu'un !

Remontons un peu le temps jusqu’au moyen-âge où le sport se résumait à tenter d’occire son ennemi en portant une armure de 25 kilos, patauger dans la boue au milieux des cadavres en putréfaction ou escalader des remparts sous l’huile bouillante et les flèches enflammées.

Parfois, les guerres s’éternisaient et tout le monde s’impatientait quant à savoir qui serait le vainqueur final. Alors certains seigneurs futés ont trouvé une astuce pour gagner du temps et éviter ainsi à des milliers de familles de mourir de faim pour une question de limite de frontière entre le potager du curé et le bac à sable du fils du marquis. Ils ont inventé : les champions.

En cas de désaccord majeur, chaque camp désignait son représentant et on les larguait l’un contre l’autre dans un « champ clos », vous aurez noté le lien étymologique. Le vainqueur donnait raison à son camp. On ose à peine imaginer la pression du gars en cotte de maille trainant son épée de deux mètres de long à l’entrée du champ, sous les acclamation de ses amis du village, de sa famille et le regard sévère de son patron le marquis. En cas de victoire, notre champion était porté aux nues, on lui dédiait des chansons et tous les enfants voulaient porter les mêmes sabots que lui.  

Ainsi, notre champion d’alors portait l’espoir d’une communauté, il en défendait les intérêts et en devenait le symbole vivant.  

En août 1936, Adolf Hitler regroupait 100 000 spectateurs dans le stade olympique de Berlin. Le petit excité brun moustachu espérait faire de ces jeux olympiques le symbole de la prétendue supériorité de la race aryenne blonde et blanche.  

Mais voilà qu’entre dans le stade à petites foulées le jeune Jesse Owenspetit fils d’esclave noir d’Alabama. En deux temps, trois mouvements, il explose les compteurs et rafle 4 médailles d’or dont le 100 mètres et le saut en longueur, obligeant au passage le dictateur nazi à poser sur ses cheveux crépus les lauriers du vainqueur. Voici Jesse devenu champion politique, lui qui déclarait humblement que pour lui, seuls le sport et les médailles comptent. 

Champion du pouce bleu

Revenons maintenant à l’époque d’Instagram, de Fortnite et de la Nouvelle Star. 

Depuis 1988, l’IFOP publie un sondage que tout le monde adore : Quelle est la personnalité préférée des français ? Même si Jean-Jacques Goldman et le commandant Cousteau s’entêtent à occuper la tête du classement général, les champions sont toujours là. Avec Tony Parker, Laure Manaudou ou Zinedine Zidane, on a troqué le champ clos pour le stade et la masse d’armes contre un ballon mais globalement, la ferveur populaire est là, bien vivace dès qu’on plante un 3/0 aux brésiliens. 

We are the champions !

Ces champions là sont des symboles, ils sont les champions des français. On les aime parce que grâce à eux, on peut clamer dans la rue à 3 heures du mat « we are the champions ». 

A l’heure où l’on mesure sa valeur au nombre de likes sur sa page Facebook, il est évident que signer des autographes à tour de bras, être décoré par le président et faire la couverture des magazines ont de quoi susciter l’envie de tout apprenti-célébrité qui sommeille en nous. Dans ces conditions, oui, on veut bien être à leur place. 

Mais dépassons deux secondes la vanité des petits fours et attardons-nous sur le cas Zinedine Zidane.

Notre Zizou national, né à Marseille en 1972, a été déclaré meilleur joueur européen de l’histoire par la BBC, ballon d’or 1998, meilleur joueur de la ligue des champions des cinquante dernières années par l’UEFA, 25 fois capitaine de l’équipe de France, il marque deux buts de la tête lors de la finale de la coupe du monde 1998 contre le Brésil. Il a son portrait géant sur le front de mer de Marseille, il a eu une statue sur le parvis du musée Georges Pompidou… Franchement, avec tout ça, qui lui en voudrait de prendre le melon ? Et bien Zinedine Zidane, alors que tout le monde fait de lui dieu sur terre, il déclare simplement : «  Les performances individuelles, ce n’est pas le plus important. On gagne et on perd en équipe ».  

Pour Patrick Vieira, le milieu de terrain de la génération dorée de 1998, « Zidane était une bénédiction spéciale. Comme tous les joueurs, je voulais travailler dur pour lui. C’est un gagnant. Mais c’était le fait qu’il soit si humble, si simple, si bienveillant envers tout le monde autour de lui qui donnaient envie aux autres de se sacrifier pour lui. » 

De la même façon, quand Stéphane Peterhansel, recordman absolu des victoires au Paris-Dakar nous explique que pour lui, le must de l’entraînement c’est de courir sous la pluie en montagne pour progresser dans l’art d’éviter les racines, on a envie de ranger son appli Asana Rebel, de descendre du banc de muscu connecté, de s’asseoir en face de lui, serrer sa main de champion et lui dire sobrement « bravo monsieur ». 

Il y a les champions qu’on admire proportionnellement au nombre de litres de sueur dépensés, comme le bâtisseur de cathédrales en allumettes, il y a ceux qu’on admire parce qu’on aimerait remplacer notre vie par la leur, une vie de podiums, de plateaux-tv et de centaines de milliers de pouces levés.  

Et puis il y a les champions qui inspirent, ceux qui, au fond, restent comme vous et moi, qui nous rappellent que l’exploit, c’est parfois simplement d’être en vie, ceux qui font dire à Gérard Depardieu qu’un cœur de champion c’est aussi beau qu’un cerveau de savant. 

Rémi Balligand 
Co-fondateur d’Outsiders 

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