INTERVIEW : Adrien Van Beveren

23 mai 2020

Il fait partie des meilleurs pilotes mondiaux, il a parcouru les quatres coins du globe au guidon de sa Yamaha dans des conditions extrêmes.
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INTERVIEW : Adrien Van Beveren

23 mai 2020

Il fait partie des meilleurs pilotes mondiaux, il a parcouru les quatres coins du globe au guidon de sa Yamaha dans des conditions extrêmes.
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Un top pilote au pied de la montagne

Il fait partie des meilleurs pilotes mondiaux, il a parcouru les quatres coins du globe au guidon de sa 450 Yamaha dans des conditions extrêmes. C’est un VBA plein de sagesse et d’humilité qui revient pour Outsiders sur ce qui l’a forgé, une vision du courage inspirante.

Outsiders Mag : Triple vainqueur de l’Enduropale du Touquet, spécialiste du sable, plusieurs fois champion de France dans cette discipline, 5 participations au Dakar. Sur la dernière course, tu as dû abandonner à la suite d’une chute impressionnante qui t’a causé une double fracture de la clavicule.  Tu as déjà compté toutes tes blessures ?

Adrien Van Beveren : Je les avais comptées oui il y un moment. Je devais être à vingt-cinq fractures au total. En fait, même si ça paraît énorme, je ne me suis pas tant blessé que ça. J’ai commencé la moto à six ans, ça représente à peu près une fracture par an et ce n’est pas beaucoup pour un sport aussi risqué que le mien. Franchement, je ne suis pas considéré comme un kamikaze. Ces dernières années en Rallye-raid, j’ai plus souffert que pendant les courses de sables et en motocross. J’étais jusqu’alors le pilote super régulier, qui se blessait très peu. J’ai passé toutes mes saisons de sable de dix-huit à vingt-cinq ans avec très très peu de blessures. J’arrivais à rouler vite et safe, en tombant peu. C’est toujours le cas mais malheureusement en Rallye-Raid, quand tu tombes en général ça fait très mal. Je ne suis pas un pilote qui fait beaucoup d’erreurs. D’ailleurs on me l’a parfois reproché, certains voyaient cela plutôt comme un défaut de ne pas aller jouer assez avec mes limites. On pouvait peut-être me trouver trop prudent, trop propre. C’est peut-être ce qui m’a empêché à un moment de percer en MXGP par exemple.Pour revenir au Dakar de cette année, je me suis crashé au quatrième kilomètre du troisième jour. Ça a été le plus gros de ma carrière. La télé a minimisé le truc. Il y a deux ans lors d’une autre chute, ma famille avait été très choquée par les images et j’avais demandé aux médias d’être plus vigilants vis-à-vis de ça. Donc cette fois-ci ils ont été plus discrets. En plus de la fracture, cette fois j’avais un œdème cérébral, je suis resté inconscient longtemps, environ douze minutes, c’est beaucoup. Mon coéquipier par exemple se souvient très bien d’avoir cru que j’étais parti en me trouvant inconscient. Moi je ne me souviens absolument pas de tout ça mais je sais que j’ai fait une sorte de mini coma, ça laisse des séquelles. Ce genre d’accident à répétition, avec ce type de gravité, ça remet en question. Ça m’a amené à me poser des questions sur ce que je fais et pourquoi je le fais.

Outsiders Mag : Justement, en cette période de déconfinement, nous nous intéressons au courage: celui qui nous fait sortir de la couette à 4 heures du matin, celui qui nous pousse à reprendre l’entraînement après les fêtes de fin d’année ou encore celui qui nous aide à reprendre le dessus, comme toi, après une longue période de convalescence.

AVB : Et bien si je dois me donner un point fort en tant qu’homme, même pas en tant que pilote, je crois qu’on peut effectivement parler du courage. C’est une valeur qu’on m’a inculqué tout jeune. Je ne sais pas si c’est héréditaire mais j’ai des parents très courageux. Mon père, ma mère, mes grands-parents des deux côtés ont toujours fait preuve de courage, c’est une valeur chez nous qui est indéniable. Mes parents m’ont poussé, très jeune à travailler beaucoup.

A la base je ne suis pas du tout quelqu’un de doué question moto. Tout ce que j’ai acquis c’est par le travail, par la détermination face au travail. Le courage c’est LA valeur. Ça peut vouloir dire se lever pour aller bosser, savoir travailler dur pour progresser un petit peu, ça peut vouloir dire aussi savoir se relever, sortir ses « cojones », ses tripes, savoir se dépasser, dépasser ses peurs.

Mon père m’a appris à faire les choses correctement, que ce soit entretenir la moto, poncer une planche ou ranger un tas de bois, il s’impliquait à fond dans ce qu’il faisait. Il m’a appris à faire les choses avec goût, à accepter et apprécier l’effort. On transpire ok c’est dur, ça fait mal aux mains mais c’est comme ça qu’on travaille. J’ai appris à travailler beaucoup, oui. J’ai souvent vu mon père fatigué mais jamais il n’a refusé de se lever tôt pour m’emmener sur un circuit, rouler de nuit pour rentrer travailler, je l’ai connu comme ça. Et ma mère c’est pareil, elle était institutrice, elle s’occupait de sa classe, ses enfants, son jardin, ses parents et cuisinait toujours le mieux possible pour que je sois bien nourri. Je ne l’ai n’ai jamais connue dans un fauteuil, si ce n’est peut-être le soir après vingt-deux heures pour regarder un peu la télévision.

Donc cette notion de courage, pour moi, c’est vraiment naturel. C’est à mes parents que je le dois. Je crois que c’est ce qui a fait ma réussite jusqu’alors et j’espère que c’est ce qui va faire ma réussite à venir. A la suite de mon accident je me suis vraiment demandé si je devais arrêter. J’ai décidé de continuer pour beaucoup de raisons mais la vraie seule bonne raison c’est qu’en tant qu’homme, je n’ai jamais fait demi-tour devant mes problèmes.

Ce que j’ai devant moi, c’est une montagne, parce que revenir une fois de plus, retrouver la confiance pour rouler devant avec ce qui m’est arrivé, c’est un vrai gros défi et je n’ai pas envie de faire demi-tour devant celui-là. Peut-être que je n’y arriverai pas mais le principal pour moi c’est d’y faire face.

Outsiders Mag : Pour certains, le courage, c’est de survivre à la guerre, affronter la maladie ou la famine. C’est ceux-là que la Croix-rouge Française aide à l’international. Tu as accepté de représenter cette extraordinaire ONG depuis 2016 et depuis tu leur es resté fidèle. Qu’est-ce que ce parrainage représente pour toi ?

AVB : Je fais plein de choses, j’ai plein de projets que j’essaie de mener à bien parce que je serais frustré de ne pas les terminer. Dans la ligne de conduite que je me suis fixée, je voulais faire quelque chose de bien un jour ou l’autre, je voulais aider les gens qui n’ont pas la chance que j’ai. Quand ils m’ont contacté ça m’a semblé une évidence.

Outsiders Mag : Tu as réussi à récolter pour eux près de 36000 euros en mettant en jeu ta moto d’entraînement.

AVB : Oui, c’était incroyable. Je pensais faire durer la tombola jusqu’à la fin du confinement mais dès le deuxième jour on avait déjà atteint les 10000 euros. Alors j’ai décidé d’arrêter au bout de dix jours parce que c’est à ce moment là que La Croix Rouge avait vraiment besoin de cet argent. C’est une magnifique sensation d’avoir pu rassembler comme ça une multitude de petits gestes pour une cause aussi belle.

Outsiders Mag : Parfois les jeunes pilotes ne se rendent pas compte de ce que la compétition implique comme risque. Quel conseil peux-tu leur donner ?

AVB : Roulez pour les bonnes raisons : pas pour faire plaisir à papa et maman, pas pour impressionner les copains, il faut le faire pour soi. C’est quelque chose que j’ai compris, il faut le faire pour soi, c’est un peu égoïste mais c’est le moyen de s’engager comme il faut. La question du risque, je la prépare, je me prépare à l’imprévisible en agissant sur un maximum de paramètres, avec beaucoup de travail et une bonne hygiène de vie. 

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