INTERVIEW : JULIEN PERRET

22 juin 2020

Du vélo à roulettes au Trial électrique, découvrez l’incroyable parcours de Julien Perret !
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INTERVIEW : JULIEN PERRET

22 juin 2020

Du vélo à roulettes au Trial électrique, découvrez l’incroyable parcours de Julien Perret !
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Champion de France à de nombreuses reprises et pilote en Championnat du monde et d’Europe, et malgré un emploi du temps chargé, Julien PERRET reste un compétiteur. Changement radical pour lui en 2020 avec le passage à la moto trial Electrique et la participation au Mondial TRIAL E. Julien revient pour Outsiders sur son parcours et nous dévoile son enthousiasme, mais aussi son œil critique vis-à-vis de l'électrique.

Outsiders Mag : Julien, tu as 28 ans et un palmarès de trialiste plutôt impressionnant. Est-ce que tu te souviens de la première fois que tu es monté sur un vélo ? 

Julien Perret : La toute première fois, j’avais trois ans, j’avais un vélo à roulettes. Mon père a enlevé les roulettes,il m’a lâché sur une petite pente qu’il y a chez moi et voilà, j’ai commencé comme ça. J’ai su tout de suite tenir en équilibre.  

Mon père faisait de la moto trial, je l’ai vu pratiquer depuis toujours. A l’époque, dans les années 90 il y avait encore du trial qui passait à la télé. Mon père enregistrait ça sur des cassettes VHS, je les regardais en boucle. J’ai toujours eu envie de faire ça. J’ai commencé à essayer de monter sur les rochers avec mon vélo normal mais je cassais tout le temps le gros pignon. Mon grand-père l’a bien réparé quelques fois mais au bout d’un moment mon père m’a acheté un vélo trial. J’en faisais tout le temps, ça passait même souvent devant les devoirs… 

Et puis un jour mon père m’a inscrit à une petite compétition, c’était vers Luchon, je m’en rappelle très bien. J’étais tout petit et j’étais inscrit en débutant, je devais avoir 7 ans. Et j’ai gagné ! Mais le soir à la remise des prix, ils ne m’ont pas appelé. Ça m’a déçu, moi qui me voyais déjà sur le podium. En fait c’était parce que je n’étais pas licencié, mon père avait pris simplement une licence à la journée. Donc ils ne m’avaient pas classé, juste mis dans les tableaux. Ça m’a vraiment marqué.  

Ensuite j’ai enchaîné quelques compétitions dans des catégories supérieures que j’ai de nouveau gagnées. C’est seulement quand je suis arrivé face à des jeunes de 14 ans que j’ai trouvé des limites. À ce moment-là je finissais toujours quatrième, les trois premiers étaient trop costauds physiquement. Même si j’avais une énorme technique, étant petit, ça ne suffisait pas pour rivaliser. J’ai stagné comme ça deux ou trois années dans cette catégorie et puis j’ai évolué ensuite vers le championnat de France et championnat du monde de moto trial. J’avais treize ans. 

Outsiders Mag : C’est à l’âge de 15 ans que tu passes à la moto, tu aurais pu commencer plus tôt ? 

Julien Perret : Oui, ça aurait été l’idéal bien sûr mais quand j’avais une dizaine d’années mes parents ont divorcé, ça a été une période très compliquée chez moi. La situation faisait qu’ils n’avaient pas le temps de s’occuper de ça. Passer à la moto, même si c’était un désir très fort, ça restait compliqué, il faut quelqu’un qui t’amène, qui te fasse un peu de mécanique, il y a aussi l’essence. C’est plus contraignant que le vélo. À cette époque ça n’était pas possible alors j’ai attendu, attendu. Et puis un jour mon père a décidé d’acheter une moto à la condition que je travaille bien à l’école. J’ai eu la moto… Après l’école c’était un peu moyen quand même.

Il faut dire que j’ai eu un parcours un peu atypique. A un moment mon père ne pouvait plus s’occuper de moi, je me suis retrouvé chez ma grand-mère. C’est elle qui m’amenait faire de la moto. T’imagines une mamie avec la petite voiture et la moto harnachée sur la petite remorquette derrière ! J’étais le seul à arriver comme ça. Tous les autres étaient avec leur père et tout leur matériel.

Bon après c’est ma mère qui a pris un peu le relais… Enfin voilà, j’arrive un peu de partout et nulle part, c’est un parcours curieux, oui.

Outsiders Mag : Le trial est une discipline spectaculaire qui intègre plusieurs types de pratiques : trial urbain et outdoor, freestyle, en général on rentre dans le trial par quelle porte ? 

Julien Perret : En général on y rentre parce qu’on a de la famille qui pratique déjà. Après c’est compliqué d’y entrer parce que c’est très technique. C’est difficile d’avoir des sensations au début, ce sont surtout des virages, des mouvements au ralenti et beaucoup d’équilibre. On ne commence pas direct par des murs ou des gros jumps sinon on se satellise ! 

En tous cas j’ai toujours aimé ça, c’est ma passion, ma vie, j’ai toujours, toujours fait ça. Ce que j’aime dans le trial c’est l’appel à l’imagination, tu peux tracer toi-même tes parcours, il n’y a aucune limite en fait. C’est pas comme sur un circuit ou tu fais des tours et des tours. Là c’est à l’infini, ça peut être tout sur la roue arrière, de droite à gauche de haut en bas avec élan sans élan, il y a tellement de techniques et de compositions sur un parcours de trial ! Tu ne t’ennuies jamais. 

Outsiders Mag : Justement, comment ça fonctionne une compétition de trial ? 

Julien Perret : Alors c’est assez complexe malheureusement. Il faut savoir qu’il y a le trial normal comme sur le championnat de ligue ou sur le France. Là les pilotes sont en stop, c’est-à-dire qu’ils ont le droit de s’arrêter en équilibre pour reprendre un peu de self control et de repartir. En championnat du monde c’est pas le cas on est obligé de tout enchaîner, c’est un règlement différent. 

Aujourd’hui quand on s’engage sur un trial, on s’engage sur trois tours à faire. Sur ces trois tours il y a de l’interzone et des parcours. C’est à dire un ensemble d’obstacles fléchés en fonction du niveau, du débutant à l’expert. Il y a douze zones à parcourir qui sont étalées sur ce parcours qui peut faire entre 5 et 10 kilomètres. Il faut parcourir toutes ces zones en posant le moins de pieds possibles. Quand on rentre on est à zéro, il y a un commissaire qui note et qui te mets des pénalités à chaque fois que tu poses des pieds, que tu tombes ou que tu arraches des flèches ou des banderoles. Dans certaines compétitions tu ajoutes le temps :  1 minute 30 par zone et si tu dépasses tu te reprends des points de pénalité. Le but étant qu’à la fin tu aies le moins de point possible, l’inverse de l’école ! 

Parle nous un peu d’URBAN TRIAL SHOW 

Julien Perret : Je l’ai créé il y a dix ans, j’avais dix-huit ans. Urban Trial Show c’est une structure de freestyle moto-cross avec une partie trial, c’est du spectacle clef en main. On met en place des camions qui se déplient sur verin hydrolique. Ces camions intègrent différents modules et rampes pour pouvoir effectuer des sauts. C’est du trial fun en quelque sorte, le tout sonorisé. Les pilotes communiquent aussi grâce à des micros HF positionnés sur leur casque, ils peuvent commenter eux-même le show. Ça donne une très bonne alchmie avec le public. On fait près de 50 événements par an, ça représente au moins 400 000 spectateurs par an ! Notre partenaire principal, La Mutuelle des Motards nous accompagne sur le déploiement de ce concept, on est très heureux qu’ils nous fassent confiance.

Outsiders Mag : Tu fais 15 aux derniers mondiaux après une pause compétition de 6 ans, raconte-nous. 

Julien Perret : En fait j’ai arrêté assez jeune la compétition, j’ai roulé en expert. J’ai été vice-champion de France urbain, j’ai fait de l’Europe, j’ai fait un peu de Mondial. Mais bon je savais que je n’allais pas être champion du monde, que je ne serai pas le nouveau Tony Bou. Etant jeune, j’ai été obligé de m’assumer très vite avec une maison, des crédits, des impôt à payer du RSI, comme tout le monde quoi. Et ce n’est pas la compétition de trial qui allait me permette de financer ça, en tout cas je ne m’y voyais pas un grand avenir. Alors j’ai décidé de lancer Urban Trial Show et c’est un choix que je ne regrette pas.  

Cela m’a permis de rencontrer beaucoup de monde, beaucoup de sponsors. j’ai eu l’occasion de rentrer dans des cercle qui n’ont rien à voir avec la moto et ça c’est vraiment enrichissant.  

Ma seule petite frustration c’est quand j’ai repensé à la compétition, je me suis dit que j’aurais pu pousser un peu plus loin, voir jusqu’où je pouvais aller.  

C’est-ce qui m’a poussé à repartir sur de la compétition. Sans prétention et sans objectif particulier, en faisant de mon mieux.  J’avais toujours fait attention à garder de bonnes performances en conservant un entrainement constant. Mais dans l’intervalle, le niveau général avait quand même beaucoup évolué avec des nouveau pilote, des jeunes que je ne connaissais pas. J’ai dû me remettre au travail à fond avec comme objectif de rentrer dans les dix. Je n’ai pas réussi et j’en suis un peu navré et agacé, je sentais que ce n’était pas très très loin.  

Outsiders Mag : Et là boum, en 2020 tu passes à l’électrique, pourquoi ? 

Julien Perret : C’est un challenge passionnant et j’avais de la demande pour les shows. Il se trouve que l’année dernière Electric motion a sorti une super moto de trial électrique, un vrai trial avec un embrayage, un chassis de même poids qu’une moto thermique, un vrai outil adapté pour faire du trial de haut niveau, de la compétition. Alors je me suis dit vas-y fonce  

Deux-trois ans auparavant j’avais essayé un autre modèle mais elle était plus lourde, sans embrayage. C’est correct pour la personne lambda qui va aller se promener mais c’est pas du tout une moto compétitive. Alors qu’avec celle qui a été développé par Electric motion,  on franchit vraiment un cap. Cette belle moto et le soutien de la région Occitanie me permettent de préparer le mondial. J’en profite pour promouvoir l’activité électrique avec des reportages télé et pas mal de parutions presse.  

Outsiders Mag : Maintenant que tu as essayé les deux à fond, est-ce que tu peux nous dire quels sont les plus gros avantages de l’électrique ou les plus gros défaut ? 

Julien Perret : Déjà il y a très peu d’entretien mécanique ça c’est chouette. A part recharger sa batterie et graisser la chaîne il n’y a quasiment plus rien à faire. Ce qui est vraiment top, c’est qu’on peut aller rouler sans gêner personne. Bien sûr, le fait de ne pas polluer c’est un avantage aussi, même si je pense que les moto thermiques, aujourd’hui ça ne représente rien du tout par rapport à d’autres sujets comme les avions. Et puis côté sensation, l’embrayage crée une expérience plus ou moins similaire à une thermique. Grosse différence à noter en terme de pilotage : une moto électrique n’a pas d’inertie donc pour un pilote qui s’amuse c’est pas un problème mais pour un pilote confirmé ça peut devenir compliqué. On n’a pas l’allonge des thermiques pour aller sur les gros obstacles ou sur des gros sauts. C’est souvent cette inertie qui vous permet de gagner juste ce qu’il te faut pour arriver à destination. 

C’est la même difficulté que l’on rencontre avec l’absence de vitesses : quand j’ai un gros truc très très long à faire, avec une thermique je vais me mettre en 3e pour aller très loin et très fort. Là je suis parfois arrêté par la puissance. Il faut savoir que cette moto c’est l’équivalent d’un gros 125. Quand je roule en thermique j’utilise une 300. Mais peu importe, aujourd’hui je sais que si je vais sur un trial de Ligue avec ma moto électrique, je peux gagner. Cette moto montre vraiment de très grosses performances. 

Non, le plus gros problème aujourd’hui c’est la batterie. Aujourd’hui je n’ai qu’une seule batterie et ça pose problème pour mes entraînements. Si je veux être très performant avec du gros trial, j’use vraiment vite l’énergie et je dois adapter mon pilotage en fonction du niveau de batterie. Par exemple, entre 100 et 80 % je reste très performant, à 70% j’ai perdu un petit peu et à partir de 60 %, là je sens que je suis vraiment descendu d’un cran. A ce moment là, franchir un énorme obstacle va être plus difficile.  

Mais une personne qui a une pratique normale ne verra pas vraiment la différence et tirera parti de la moto jusqu’à 20% de batterie, moi je tire à fond sur les limites de la machine. J’ai simplement adapté mon entraînement, c’est tout. Je commence par exemple à 10h, je recharge pendant le déjeuner et puis je repars ensuite pour une session de deux heures. 

Outsiders Mag : Certains qui trouvent que le bruit est extrêmement important dans le plaisir de piloter, tu en penses quoi ? 

Julien Perret : Franchement, le bruit,  ça ne me manque pas du tout. Le bruit du moteur de ma moto trial me donne des repères dans mon pilotage, ça me suffit.  

Outsiders Mag : Quel avenir pour l’électrique à ton avis ? 

Julien Perret : Je pense que ça va continuer d’évoluer, il va y en avoir de plus en plus. Les motos seront de plus en plus performantes, le marché va s’ouvrir. Si je m’y suis mis c’est pas pour rien, j’y crois. Regarde c’est quand même incroyable, tu peux passer à côté des gens aux terrasses des cafés sans les déranger. Pour moi, vraiment, pouvoir rouler où on veut et quand on veut c’est le top. C’est un avenir pour la moto. 

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