INTERVIEW : Alexandre Kowalski

13 mai 2020

Production et compétition : les revers d’un système mondialisé
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INTERVIEW : Alexandre Kowalski

13 mai 2020

Production et compétition : les revers d’un système mondialisé
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Alexandre Kowalski, Responsable du Programme Off Road de Yamaha Motor Europe dresse le tableau d'une situation complexe. Après une distribution stoppée net et une production en stand by, des pilotes confinés aux quatres coins du monde et une saison de compétition qui retient son souffle, le redémarrage s'annonce délicat. Mais malgré ce contexte, la firme nippone semble avoir de quoi demeurer positive.

Outsiders Mag : Après une période de confinement de presque deux mois, la reprise est en préparation dans tous les secteurs. Dans celui de l’automobile certains parlent de la « pire crise de son histoire ». En France, les ventes de véhicules particuliers ont chuté de façon impressionnante. Est-ce que la situation est comparable pour la moto ?

Alexandre Kowalski : La vague que l’on a prise est mondiale et la moto est touchée bien sûr. Néanmoins, il faut rappeler qu’elle a été déclarée d’utilité publique. En témoignent nos policiers, nos gendarmes motorisés, ainsi que toutes les personnes qui sont allées travailler en deux-roues.

Au niveau de la distribution, l’activité ne s’est pas arrêtée même si elle a considérablement ralenti. Côté production en Europe, les deux usines en Italie MBK et Minarelli ont été arrêtées pendant la pandémie, l’Italie et la France ayant été particulièrement touchées. La vague a également eu des impacts au Japon où certaines usines de production ont été mises au point mort.

Maintenant pour comparer avec l’automobile, nous ne sommes pas sur les mêmes marchés mais la vague aura un impact économique c’est évident. Quand vous bloquez deux voire trois mois sur 12 dans les pires mois de la saisonnalité ça se ressent. Mars, avril et mai sont des mois très importants en terme de volume, de chiffre d’affaires et de pénétration de marché.

Néanmoins, l’excellent début d’année effectué durant les 2 premiers mois de Janvier et Février, nous permet pour le moment de passer la vague du confinement. Si le cours de la vie reprend de manière douce et régulière, nous pourrons malgré tout envisager une année moins difficile que ce que nous redoutions il y a encore quelques semaines…

Outsiders Mag : Comment appréhendez-vous la reprise avec les équipes  ?

Alexandre Kowalski : La stratégie qui a été mise en place a été de réouvrir progressivement. Les deux usines ont réouvert, elles sont en production en ce moment même et tout a été aménagé de façon à produire en toute sécurité.

Au niveau de la France, depuis le début du déconfinement, la grande majorité des équipes de Yamaha France est sur le pont, avec des cas de télétravail qui vont néanmoins continuer. Cette situation a été tellement soudaine, avec des motos en transit, en état de partance sur des concessions, on parle de centaines voire de milliers de motos en attente. Ce mois de relance va être absolument stratégique.

Par ailleurs nous préparons cette reprise avec la plus grande attention car la situation sanitaire va sans doute mettre en valeur le deux-roues, notamment le 125, comme une alternative très intéressante pour palier aux problématiques liées au transport public.

D’autant plus que nous sommes dans une période propice, les beaux jours arrivent, qui peut convaincre définitivement de l’intérêt de l’achat d’un deux-roues. C’est un facteur qui nous permet de demeurer optimiste sur la reprise de notre marché.

Outsiders Mag : Côté compétition, on imagine que les athlètes rongent leur frein : quels vont être les premières équipes à reprendre le chemin des paddocks ?

Alexandre Kowalski : Dans un premier temps, nous avions établi un courrier officiel demandant à nos athlètes de respecter les règles, de rester confinés. Vous savez un athlète moto a besoin de s’entraîner, pour cela il a besoin d’espace et cette pratique implique une notion de prise de risque. Or, il était  important de limiter les prises de risques inutiles pour éviter l’accident et venir engorger les services hospitaliers qui étaient déjà en zone rouge. Tous les pilotes ont respecté les règles.

Après, la situation est différente en fonction de la zone géographique : nos pilotes sont répartis entre les Etats-Unis, le Botswana, l’Angleterre, la France, l’Italie ou encore la Suisse et la Belgique. Le niveau de confinement y est différent.  Au Botswana, au Texas ou au Pays-Bas, l’impact a été moindre en comparaison de ce que nous avons connu en France. Le maître-mot a été bien sûr « restez chez vous », « faites du home training, du fitness, tâchez de conserver la forme ans rouler ». Cela leur a d’ailleurs permis de s’ouvrir a d’autres formes de préparation comme la méditation ou le yoga. Quant à la reprise du chemin des paddocks, aujourd’hui il est encore trop tôt pour se prononcer. Nous sommes au tout début du déconfinement.

Il faut noter que notre approche du sport moto est internationale, la suite va dépendre de la situation dans le monde qui est très variable. Il y a des courses partout dans le monde, de l’indonésie à la Russie et l’Afrique. Le positionnement de chaque pays est très différent concernant le virus et cela pose des problèmes très complexes. Les premières informations que nous avons concernent une éventuelle reprise du championnat de motocross au mois d’août avec quelques courses et puis une reprise plus prononcée en septembre. Mais rien encore d’officiel dans ces annonces. On s’attend à des schémas de courses totalement différents, applicables dans certaines disciplines mais pas dans d’autres. On parle par exemple de courses à huis clos.

Par ailleurs, l’espace Schengen étant fermé, la difficulté va être de sortir d’Europe et d’y revenir parce que lorsqu’on entre en Europe, on est mis en quarantaine. Il y a aussi la problématique des courses « overseas », sur d’autres continents pour lesquelles il serait question de pouvoir rester une certaine période sur place pour faire par exemple deux courses d’affilé, c’est éventuellement viable pour le motocross. Concernant le rallye,  c’est aussi très compliqué. Le SilkWay Rallye était prévu en juillet et aujourd’hui on a aucune certitude de sa tenue. Certaines courses comme le Kazakstan ou Abu Dhabi ont été reportées mais il va falloir maintenant acter et réorganiser tout cela dans un calendrier très serré. On retrouve dans le rallye une énorme complexité logistique : quand il faut monter les motos et tout le matériel au Kazakstan, ou en Russie avant de repartir au Brésil, en temps normal c’est compliqué alors lorsque vous comprimez l’espace temps, ça devient encore plus problématique.

Il faut aussi que nous soyons vigilants d’un point de vue médical car les équipes scientifiques nous disent qu’une deuxième vague est possible. Donc tant que nous n’aurons pas de certitudes sur la possibilité d’organiser des courses en toute sécurité, il y aura une inertie importante.

Outsiders Mag : Pour donner envie aux citadins partis au vert de reprendre le chemin de la ville, on aimerait pouvoir leur confirmer qu’ils pourront bientôt trouver des scooters électriques en libre service à Paris. Vous confirmez ?

Alexandre Kowalski : Yamaha travaille sur l’électrique depuis de nombreuses années. Nous fabriquons des voitures de golf électriques, des moteurs hors-bord électriques, des moteurs de vélo électriques, qui sont connus et reconnus. C’est une technologie sur laquelle nos usines planchent. Après, l’électrique pose un certain nombre de problématiques qu’il ne faut pas négliger : le poids, l’inertie, le recyclage, l’autonomie…

Nous avons des produits qui sont en développement, des technologies qui sont en développement, de là à dire qu’en fin d’année les scooters électriques seront en libre service à Paris… Compte tenu du contexte économique et de la situation à laquelle nous faisons face, en tenant compte du fait que l’usine du Japon est au ralenti, les plannings vont sans doute être revus en conséquence.

Cette année restera dans les annales comme une année exceptionnelle, surréaliste, dramatique dans tous les secteurs. Nous avons maintenant besoin de voir l’horizon s’éclaircir pour organiser la façon dont nous allons pouvoir atterrir sur tous les projets en développement. Mais restons positifs, Yamaha est une entreprise solide et nos clients ne cessent de renouveler leur confiance.

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